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Démantèlement de la jungle de Calais.

Démantèlement de la jungle de Calais.

Le 24 octobre 2016, le démantèlement de la jungle de Calais débute. Il est suivi en direct par des centaines de médias. Dans la �jungle�, les migrants ont tellement l'habitude de voir défiler les journalistes qu'ils leur font des vannes en reprenant leurs questions habituelles. Dans le hangar de 3 000 m2 o� a lieu la répartition des volontaires au départ, plusieurs centaines de migrants font déjà la queue - les premiers depuis le milieu de la nuit - avec leurs sacs de couchage, valises et baluchons. Certains ont le visage masqué par une écharpe pour ne pas �tre reconnus sur les images tournées par les télés. La police installe des barrières devant un hangar. Une répartition des migrants va �tre effectuée en fonction de leur destination vers les centres d'accueil d'orientation (CAO) dans tout l'Hexagone. Médecins du monde critique l'�impression d'improvisation� de l'opération, des migrants ayant été informés au dernier moment selon l'ONG.

7h45 : Les ONG doutent

Beaucoup d'associations se montrent dubitatives quant à la réussite du démantèlement car l'objectif de nombreux migrants demeure d'atteindre l'Angleterre. �Il y a des Kowe�tiens, des Syriens, des Afghans, des Soudanais dont on sait d'avance qu'ils vont revenir à Calais. On va avoir des migrants sous les ponts, dans les parcs, cachés, invisibles�, prévient Mariam Guerey, animatrice du Secours catholique.

8 heures : Cosse défend la répartition

Sur RTL, la ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, affirme que l'Etat n'a pas cédé face aux élus locaux hostiles à l'installation de centres d'accueil et d'orientation dans leur commune. �Partout o� nous [le gouvernement] avons eu besoin de places et o� nous avons trouvé des locaux adéquats et qui correspondaient à nos besoins, nous les avons utilisés.�

9 heures : Nantes ou Verdun ?

Le jour s'est maintenant complètement levé sur Calais. Dans la file d'attente du hangar, on trouve Abdel Monim, 31 ans, et Oussam, 27 ans, qui ont fui le Darfour (Soudan), o� le second a laissé son épouse. Ils se pr�tent avec bienveillance à l'interview, m�me si on a du mal à se comprendre - des bribes d'anglais, trois mots de fran�ais, beaucoup de signes. Avec deux autres compatriotes, ils sont à Calais depuis trois mois. Ils nous demandent si on trouve que Nantes est une bonne ville, ils hésitent avec Verdun.

10h15 : 500 départs enregistrés

Au CAP, le centre d'accueil provisoire en conteneurs, 500 hommes ont déjà enregistré leur départ en moins de trois heures. �c'est nécessaire car nous devons savoir combien de places se libèrent pour reloger les mineurs�, explique Stéphane Duval, le directeur du centre. Le CAP va servir désormais de centre d'examen des demandes de regroupement familial, pour les mineurs qui veulent rejoindre leurs proches en Angleterre. Des demandes examinées sur place par le ministère de l'Intérieur britannique. En plus des 300 mineurs déjà présents, 300 autres devraient arriver du bidonville. Ceux qui ne pourront pas aller en Angleterre rejoindront plus tard un centre d'accueil et d'orientation spécial mineurs isolés.

11 heures : Polémique au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, on observe d'un �il attentif le déroulement des opérations à Calais. Après des mois à tra�ner des pieds, le gouvernement britannique a accéléré le mouvement d'accueil de mineurs non accompagnés. Environ 200 adolescents ont été accueillis la semaine dernière, selon l'organisation Citizens UK, qui s'est substituée au gouvernement pour recenser et lister les enfants (il y en aurait 1 300 dans la �jungle�). l'arrivée des premiers mineurs au Royaume-Uni a provoqué une polémique nauséabonde orchestrée par la presse eurosceptique, le Sun et le Daily Mail en t�te. l'�ge réel des mineurs a été mis en doute et un député conservateur, David Davies, est allé jusqu'à suggérer de prendre les empreintes dentaires des arrivants pour essayer de déterminer leur �ge réel. Le gouvernement de Theresa May a catégoriquement rejeté cette idée.

11h20 : l'Aquitaine ? La Bretagne ?

Conversation entre CRS devant le hangar d'embarquement vers les centres d'accueil et d'orientation : ��a se passe bien. Mais on a du retard. Les gars, on leur dit de choisir entre l'Aquitaine et la Bretagne, ils ne savent pas !� Les migrants ont le choix entre deux destinations.

12h20 : Un centre incendié

Alors que l'évacuation du camp est en cours, on apprend à Calais qu'un centre d'accueil et d'orientation pour migrants situé à Loubeyrat (Puy-de-D�me) a été ciblé par un début d'incendie volontaire. �Un acte criminel et dangereux, selon la préfecture. Le feu ne s'est pas propagé au-delà du hall d'entrée.�

15h20 : Des mineurs encore à Calais

l'organisation Help Refugees indique dans un communiqué alarmant que d'après ses équipes présentes à Calais, �49 mineurs de 13 ans ou moins non accompagnés se trouvent encore à Calais�, bien qu'ils soient théoriquement éligibles à une relocalisation outre-Manche.

16 heures : Près de 40 bus partis

Trente-neuf bus sont partis du campement, avec 1 631 personnes à bord. Les migrants qui étaient hébergés au CAP, le �centre d'accueil provisoire�, sont partis en premier.

16h30 : Le hangar d'embarquement vide

Plus aucun migrant n'attend devant le hangar d'embarquement vers les 280 centres d'accueil et d'orientation créés depuis septembre partout dans le pays. l'objectif de 60 cars remplis aujourd'hui para�t difficile à atteindre.

17 heures : l'arrivée des premiers bus

Un premier bus, parti de Calais, est arrivé vers 17 heures à Chardonnay (Sa�ne-et-Loire), o� il a déposé dix migrants au centre d'accueil et d'orientation local, avant de poursuivre sa route vers la ville voisine de Digoin. Ce premier contingent de migrants était entièrement constitué d'hommes de 20 à 30 ans, d'origine soudanaise.

17h20 : Les derniers récalcitrants

Une poignée de nouveaux migrants arrivent dans le hangar pour quitter Calais, alors que les abords du lieu semblaient désertés. Dans la jungle, l'ambiance de la fin d'après-midi est calme. Plusieurs migrants confient ne pas �tre allés se présenter au hangar, car il y avait trop de monde et aussi parce qu'ils préféraient tenter une dernière fois le soir de gagner l'Angleterre. s'ils échouent, ils prendront les cars, mais ne promettent pas de rester en France, d'autant que certains disent avoir des proches outre-Manche.

18h30 : �Je ne veux plus m'enfuir�

Dans un resto afghan tout cabossé et désormais sans électricité, on devine l'ancien bar derrière lequel on cuisinait. De jeunes Afghans ont fait un feu dans un brasero et servent du thé au lait à Mariam Guerey, en maraude pour le Secours catholique. Ezat, 22 ans, est un ancien de la jungle, mais celle de 2008. Il avait 14 ans à l'époque. Il a quitté l'Afghanistan à 12 ans, seul aux mains de passeurs. Il a longtemps erré, déprimé, à Calais. �j'ai fini par arriver en Angleterre, mais ils m'ont expulsé vers l'Afghanistan. Mais c'est fini. Je ne veux plus m'enfuir. Je monte dans le bus demain.�

19 heures : Bient�t la démolition

Après l'évacuation des migrants, le campement commencera à �tre démoli à partir de mardi matin.

19h45 : Le décompte des évacuées

Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, annonce que 2 318 migrants ont été évacués.