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Camp de fortune / Jaures, février 2018 Paris.

Camp de fortune / Jaures, février 2018 Paris.

Non sans mal, je suis parvenu à enjamber les fortifications , la ceinture de fer ,  qui me séparaient de l’abondance. Et, j’ai acquis une expertise dans la construction de villégiatures éphémères. J’en veux pour preuve ces œuvres dispersées sur la route de mes pérégrinations. Elles n’ont pas vocation à rester sur leur territoire d’implantation. À une époque reculée, j’aurais été fier de construire le foyer qui protège ceux qui me sont chers. Mais, ils ne sont pas tous là. Ce soir, j’ai froid. Je veille avec d’autres indésirables... Je veux des provisions  puis fonder un empire sans verser de sang ,  sinon le mien,  mêlé à ma sueur.

Vous pourriez qualifier d’agrégat de matériaux de récupération ces éruptions cutanées, nécessaires, selon moi, à la mémoire collective. Mais, je suis convaincu que dans le futur, les chercheurs s’interrogeront sur le manque de considération pour cette technicité, réceptacle de savoirs cumulés pour agrémenter le quotidien en milieu hostile.

En fait, en attendant une terre accueillante, j’ai bâti un abri de fortune sur pilotis. La ville a revêtu un blanc manteau, ma tente semble un igloo... pas vraiment immaculé, tant le dédain a taché mon âme.

Je suis de passage, mon esthétique me survivra.


Texte de Jean-Charles Lopy


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Not without pain, I was able to cross over the fortifications, the iron belt, that kept me apart from wealth. And I have became skilled in the way of building short-lived resorts. I would give as an example these works scattered along the way of my pilgrimage. Their aim is not to stay in their homeland. In a remote time, I would have been proud to build the home that protects my beloved ones. But they are not all by my side. Tonight, I'm cold. I am still awake with other unwanted... I want some supplies then establish an empire without spilling any blood, except mine, along with my sweat.

You could call these skin rashes an aggregate of secondary raw materials that are, as far as I am concerned, needed for the minds of us all. But I am positive that in the future, researchers will wander about this lack of regard concerning this technicality, vessel of knowledges combined to enliven the everyday life in an unfriendly environment.

As a matter of fact, while waiting for a welcoming land, I have built a makeshift shelter on stilts. The city puts on its white coat, my tent looks like an igloo... not so spotless, as the utter scorn has stained my soul.

I am mortal, my aesthetic will survive.


Text by Jean-Charles Lopy